Chronique vietnamienne

Jean Michel est un pote qui a vécu au Vietnam, et qui y revient régulièrement. Il y est encore aujourd’hui. Voila ce qu’il nous en dit :

 

Le réveil du Dragon

4 h 30 du matin – Ho Chi Minh Ville (ex Saigon). Je ne dors plus, je tourne en rond… Sans doute la pleine lune.
J’enfile mon bas de kimono et un vieux débardeur, je sors de l’hôtel, direction le parc voisin, pour un entraînement matinal.
Tous ceux qui se lèvent tôt en Asie du Sud Est seront d’accord avec moi. Ici le lever du jour a quelque chose de magique, de surréaliste. J’y trouve une forme de tranquillité qu’on ne voit qu’ici.. L’énergie et la fraîcheur que j’y puise m’aideront à affronter la chaleur et les rugissements du Dragon aujourd’hui.
 
La rue est calme, en apparence. On est encore loin de la fourmilière de la journée. La moiteur de la veille a laissé la place à la fraîcheur relative. Il fait 25 °.
Le parc est déjà  bondé. Rare petit îlot de verdure résistant encore à l’invasion de l’immobilier spéculatif et de la construction anarchique. Le Dragon étend ses ailes au dessus de la métropole et veille sur plus de 10 millions d’âmes !
Je m’étire doucement, fait quelques mouvements de stretching suivis d’une gestuelle puisée dans mon programme Sekko. Tout en douceur, tout en souplesse. Pas question d’aller vite, il fait déjà trop chaud et je suis déjà en nage. Déjà le parc commence à bien se remplir. Les pratiquants de Tai Chi et de gymnastique sont fidèles au rendez vous. Comme tous les jours, depuis des décennies, les anciens perpétuent les mouvements lents et gracieux, symboles de leur longévité. Les jeunes préfèrent les activités plus branchées et plus speed : le badminton, le jogging, la muscu. Il y a même quelques groupes qui s’entraînent à enchaîner des pas de danse, au son d’un poste radio, véritable sono=2 0ambulante. Les générations se rencontrent, chacun  s’affaire. Mais pourquoi se lèvent-ils si tôt ? On ne dort donc jamais dans ce pays ? Pourquoi cette culture sportive inter générationnelle ?
Le régime coco sans doute ; l’éducation d’un peuple qui s’est forgé dans l’adversité et l’invasion. Depuis plus de 30 ans, les bombes ne pleuvent plus sur le Dragon. Il a retrouvé un peu la paix. Il est toujours prêt à la guerre…
Voilà déjà 1 heure que je récite mes gammes, à la vitesse du panda corse sous somnifère. Je ne me suis pas aperçu que mes mouvements ésotériques ont attiré quelques curieux autour de moi. Mais à quelle secte appartient-il, semblent-ils se dire ! Le Sekko n’est pas connu ici. Seuls quelques uns de mes intimes ont pu l’approcher. ..
 

Il est 5 h 30, le jour pointe timidement. Je me dirige vers le marchand ambulant du coin. Il fait le meilleur Hu Tiu du quartier. Je m’installe sur le tabouret et déguste ma soupe de nouilles, ses morceaux de porcs savoureux. J’ajoute une bonne ration de piment. Certains vietnamiens sont étonnés qu’un blanc mange aussi épicé qu’eux. Ils sourient et me regardent du coin de l’œil, attendant que je devienne écarlate à la première cuillère. J’encaisse, je déguste. C’est trop bon.
A coté de moi, les travailleuses de la nuit finissent leur tournée par une soupe bien méritée. Elles tentent un dernier baroud d’honneur avec moi. Pas vraiment de succès mais ça se passe avec le sourire. Quoi, ce mec parle viet ? Plus chanceuses, sans doute, des jeunes écolières en Ao Dai blanc sont juste à coté. Elles finissent leur soupe avant de partir, très dignes et élégantes sur leur vélo. Ici, l’école commence à 6h.
  
Le blanc de leur tenue traditionnelle ressort dans l’aube naissante. Elles peuvent aller à l’école, les autres vont se coucher. Blancheur, obscurité, pureté encore préservée, prostitution, pauvreté et richesse. Ici tout est simple et compliqué. Beaucoup d’interdits mais tout est possible. Plus je viens ici et moins je suis capable de donner une définition précise du pays.
Le Dragon n’est ni bon, ni mauvais. Il est tout en contrastes et en nuances.
Je fais quelques pas avant de rentrer prendre ma douche. Entraînement matinal et piment font leur effet. Je suis maintenant tout en nage. Les ruelles se sont remplies de marchands ambulants. Les étals sont pleins de fruits (mangue, fruits du dragon, ananas, lychees). La rue sent la viande grillée et les épices. Cireurs de chaussures, vendeurs de hamacs, lunettes de soleil, briquets, etc, arpentent déjà les rues. Un moine bouddhiste traverse la rue dans une vielle 2CV orange. Il a poussé la coquetterie à la peindre couleur safran, comme sa toge.
Je le regarde. Il s’arrête et me parle un anglais venu d’ailleurs. Je lui dis que j’ai la même voiture en France. Il veut que je monte avec lui pour aller prendre un café.
Vraiment fou, vraiment délirant.
 

6 h 30 du matin. La rue n’appartient plus au piéton. Les motos et les voitures commencent à sortir de la gueule du Dragon pour reprendre leur territoire.
Il commence à cracher ses flammes. Aujourd’hui sera fournaise…
Ca y est, le dragon s’est vraiment réveillé et commence à rugir.
En fait, il ne s’était pas vraiment endormi…

 

Une réponse à “Chronique vietnamienne”

  1. Brigitte dit :

    Superbe texte de Jean-Michel, et blog très sympa. Bonne journée

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